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Détourneur d'affiches

Dans les années 80, il était un des six "Frères Ripoulin", frais diplômés des écoles artistiques, qui lancèrent une grande campagne de recouvrement publicitaire par la peinture. Vingt ans plus tard, Jean Faucheur croise Tom Tom, virtuose du couper-coller sur affiches parisiennes. Et reprend du service, à l'angle des rues Oberkampf et Saint-Maur. Avec les jeunes peintres, graffeurs et graphistes du quartier, il fomente un détournement artistique hebdomadaire, sur les placards publicitaires qui tapissent le flanc du café Charbon. Chaque semaine, une nouvelle oeuvre d'art. Et, un soir de mai, un plan. Celui des soixante affiches recouvertes, entre Nation et Belleville, par les "commandos" de l'éphémère collectif "Une nuit"...

"Quand un graffeur dépense du temps et de l'argent pour créer une oeuvre qui s'exposera puis s'autodétruira dans la rue, c'est un acte artistique, pas juste un truc de frime et de testostérone." Aux politesses du microcosme parisien, Jean Faucheur préfère les facéties créatives et militantes des street-artistes. Vingt ans qu'il est peintre-sculpteur-photographe professionnel et il n'a jamais pu se résoudre à traîner dans les venissages. "La scène artistique française, c'est aussi la scène de la rue, les graffiteurs, afficheurs et pochoiristes qui se laissent moins enfermer dans des carcans intellos. Il serait temps d'arrêter de les considérer comme des délinquants, de leur coller des écoutes téléphoniques, des brigades armées et encagoulées, des amendes de 1 à 2 millions de francs, et des séjours en prison..."

Depuis un an, Jean Faucheur a ouvert son atelier du squat artistique de Vincennes à tous les candidats au détournement publicitaire. "C'est devenu un musée du grafff et du tag réunis, rigole l'ex-Ripoulin. Mais il y avait tellement de gens aui travaillaient 24 heures/24 que je me suis trouvé un autre atelier. Et on se fait virer de lieux comme Vincennes ?! Quand ils arrivent à s'exprimer, les graffeurs ont moins envie de se faire un mur, ou une vitrine..." CQFD.

CATHY BLISSON  


Le 28 sept. au squat de Vincennes (16, rue Leroyer). "Implosion-Explosion", 6e édition d'une série d'expos de street-artistes, dont les oeuvres sont ensuite recyclées sur les panneaux publicitaires.
http://www.artettoit.fr.fm

   

 

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